Extrait de l’émission RMC avec comme invité Sébastien Clerc. Je vous invite à l’écouter (elle est courte), car c’est assez intéressant :

Qui est Sébastien Clerc ?
C’est un professeur de français et d’histoire. Il vit en Seine-Saint-Denis (93), où il enseigne dans un lycée professionnel. S’il est connu, c’est parce que les médias se sont intéressés à son cas, et plus particulièrement au livre qu’il a écrit, destiné à ses collègues enseignants : « Au secours ! Sauvons notre école ! »
Ce livre est à peu près un mélange de l’histoire personnelle de ce jeune professeur et de ses débuts (très) difficiles dans son nouveau métier, mélangé à tout un tas de conseils sur comment tenir sa classe. Car au fil des années, il a appris de ses erreurs. Et à présent, selon ses dires, il s’en sort plutôt bien. Il a voulu donc partager son expérience et ses réflexions.

Sébastien Clerc.

Un manque de caractère ?
Déjà, première chose que l’on remarque de manière flagrante chez Sébastien Clerc, je le dis tout à fait sincèrement, c’est son manque absolu de charisme. Franchement, ce professeur ne dégage de sa personne aucune autorité. Sa voix est douce, complaisante, son regard bienveillant et (trop) gentillet. Bref, il n’est pas crédible.
Pour tout vous dire, j’avais vu il y a un moment un reportage sur France 2, faisant le portrait de ce professeur. Dans la première scène, on voit une salle de classe remplie d’élèves très bruyants. Le prof en place essaye tant bien que de mal de se faire respecter et surtout de se faire entendre. Moi, je m’attends à ce que la voix off dit : « voilà le quotidien difficile des jeunes professeurs sans réelle formation dans les lycées pros ». Eh bah non ! Figurez-vous que la voix off sort un truc totalement surréaliste : « ce jeune professeur en apparence en difficulté, c’est Sébastien Clerc. Et en réalité il sait très bien ce qu’il fait. » La scène suivante, on voit effectivement la même classe silencieuse. Et pour cause : Sébastien Clerc leur fait écouter en guise « d’initiation à la poésie », si je me souviens bien, une musique de rap… Forcément, ça calme.

Vous pourrez mieux voir ce prof dans cette vidéo :
http://videos.lefigaro.fr/video/iLyROoafYGEe.html « Les profs devraient avoir des cours de tenue de classe », dans une interview du Figaro.

Jolie démagogie
Mon titre de billet est un brin provocateur « Sébastien Clerc, le faux messie », puisque de toute façon le principal concerné ne se considère absolument pas comme tel. Il tente juste d’aider très humblement les nouveaux profs, afin de leur éviter d’endurer tout ce que lui-même a enduré.

Dans l’extrait de l’émission RMC, ce cher Sébastien Clerc nous sort à un certain moment : « A l’IUFM, il y a une très bonne formation pour ce qui est de fabriquer des cours, c’est-à-dire de la partie travail à la maison du métier, mais il y a aucune formation pour ce qui est du métier en lui-même. »

Quand Sébastien Clerc dit que l’IUFM offre une excellente formation pour créer ses cours, où est-ce qu’il sort ça ? Il a vu jouer ça où ? Les très jeunes profs sur lesquels je suis tombé, ils se reconnaissaient très facilement : ils suivaient à la lettre les directives des IUFM sur la construction de leur cours : « alooors, marquez séance 1, objectif de séance, définitions… » Du gaz soporifique compacté en barquettes et rien de plus.

IUFM, le point d'honneur.

Moi à mon avis, à l’IUFM, il n’y pas de formation tout court, à part une bonne pâtée de pipeau enrobée dans une sauce pseudo-pédago.

Un peu après, Sébastien Clerc poursuit sur sa percée rédemptrice : « Sous prétexte qu’il n’y a pas de recettes miracles – et ça c’est vrai : il n’y a pas de recette miracle – on se refuse de parler de tout un tas de petites recettes qui font que aujourd’hui après 8 ans de métier, avec les 4/5 de mes classes ça se passe bien. Quand j’ai démarré c’était le rapport inverse. »

Oooh… c’est bizarre, comment peut-il être aussi certain de lui qu’il n’existe pas de solutions meilleures que les siennes ? Comment sait-il que ça n’existe pas ? Que ça ne peut pas exister ? Parce qu’il n’en a jamais entendu parler, tout comme la quasi-totalité des profs ?

Surtout que je propose moi-même un méthode plutôt sympathique puisque son ambition affichée est de permettre tout ce que Sébastien Clerc se refuse à croire : réussir à avoir le silence dans son cours, un point c’est tout. Est-elle une recette miracle ? Elle en a les airs. Mais je refuse de l’appeler comme ça. Ça ne lui rend pas honneur. Cela ne rend pas honneur à sa construction fondée sur la logique et le bon sens le plus strict. D’autant plus qu’elle est le fruit de l’observation des meilleurs professeurs de ma scolarité tortueuse.

Posté dans Dossiers pédagogiques le 30 avril 2010. 6 commentaires.

eleve-bavardage-silenceAujourd’hui, je vais vous exposer un cas d’école que j’ai eu « l’opportunité » d’expérimenter moi-même. C’était une professeur de français que j’ai eue en Première, et ce fut catastrophique. Elle semblait encore toute fraîchement sortie des fours d’un IUFM, au vu de sa manière si caractéristique de construire son cours, et de sa méthode pour faire cours dans le calme : c’est-à-dire aucune.

Merci qui ? Merci les IUFM ! Merci d’aider vos nouvelles recrues sur le merveilleux chemin de l’incompétence (au sens pratique du terme, entendons-nous bien. Autrement dit, savoir faire cours).

Je me permettrais d’interrompre ma narration par intermittence par des commentaires personnels, montrant l’invraisemblable manière d’opérer de cette professeur.

Collée au tableau vert sale, la professeur de Français écrit de son trait rapide et stylisé : registre didactique. Puis elle se retourne vers ses élèves et lance à voix haute, pour essayer de s’élever par dessus le vacarme :

« Tout le monde sait ce que veut dire didactique ? »

Son regard balaye rapidement la classe, à la recherche d’une quelconque réaction négative à sa question. Elle remarque certains hochements de têtes, quelques « oui » très scolaires, mais aucun non. Pourtant, elle n’est pas dupe et sait que, au bas mot, la moitié des élèves n’ont jamais entendu ce mot de leur vie. D’un autre côté, on peut aussi dire que la moitié des élèves n’ont absolument pas écouté ce qu’elle a dit.

Première erreur de sa part : elle tente de continuer son cours en dépit du fait que probablement la majeure partie des élèves ne sont pas en état de l’écouter. D’ailleurs, ils ne l’écoutent même pas. A quoi bon parler ? Elle use de sa salive pour rien. En outre, elle monte le volume pour qu’on puisse l’entendre, au lieu de « tout simplement » faire le silence ; elle préfère parler plus fort pour ne pas leur demander à, eux, de parler moins fort. Logique. Elle n’a pas confiance en ses capacités.

Même les quelques un qui semblent l’écouter ne le font certainement pas dans la joie, quand ils savent que tous les autres n’en ont rien à faire et ne se gênent pas pour parler plus fort qu’elle.

Elle repère un élève tout particulièrement bavard, parmi tant d’autres, et l’interroge dans l’espoir qu’il comprenne tous les bienfaits de participer au cours, au lieu de l’ignorer.

« Tom, lui lance-t-elle, alors qu’il a le dos tourné, parlant ouvertement avec une fille de la table de derrière lui. Tom !
– Oui, madame ? répond-il en se tournant vers elle, un large sourire accroché aux lèvres.
– Puisque tu n’arrêtes pas de parler, j’imagine que tu sais ce qu’est un registre didactique ?
– Euh… didactique, c’est quand… (il réfléchit 2 secondes) c’est quand on dicte ! C’est un registre qui dicte des choses, c’est ça ?

Avec ce bruit de fond – qui n’en est d’ailleurs même plus un, ayant pris d’assaut le front de classe – la professeur doit lutter en permanence, premièrement pour se faire entendre de ses élèves, et deuxièmement pour que, elle, soit capable d’entendre ce qu’ils lui disent.

« Mmmh… oui, mais pour être plus précis, il faut que tu dises : c’est quand on délivre un enseignement. D’accord, Tom ? »

Subir sa classe ? Martyr.

Subir sa classe ? Martyr.

Deuxième erreur pour cette professeur de Français. Elle interroge un élève, alors qu’il n’y a pas le silence. A qui son échange avec lui pourra-t-il bénéficier à la classe si personne n’est en mesure de l’écouter ? De plus, elle n’interroge pas n’importe lequel d’entre eux : c’est l’un des pires. En agissant ainsi, elle fait comprendre à l’élève que son bavardage ne sera pas sanctionné. N’ayant pas été corrigé par la seule ayant la légitimité de le faire, c’est donc tout bénef pour lui, qui se sent ainsi quasiment autorisé à parler indéfiniment.

Elle se retourne vers le tableau pour le mettre à jour. En même temps qu’elle fixe son attention sur les lettres aux courbes soigneuses se dessinant sous ses doigts, elle réalise combien elle est épuisée d’avoir eu toute la journée des classes comme celle-ci. Elle se sent littéralement ivre de tout ce bruit.

« S’il vous plait ! Vous pouvez vous taire ?! Je suis fatiguée de vous entendre parler, là »
, lâche-t-elle en se retournant brusquement, d’un air dépité.

Certains élèves, par pitié de son sort, prennent la résolution de cesser leurs bavardages. Mais après quelques minutes, voyant que si peu des leurs semblent s’en soucier, ils se voient malgré eux reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Et ainsi, le vacarme continue…

Troisième erreur : elle s’auto-rabaisse face à ses élèves. Comme les martyrs, cette professeur subit sa classe. Au lieu que se soit les élèves qui se plaignent habituellement de l’attitude trop dure du professeur envers eux , là, c’est la professeur qui se plaint du l’attitude trop dure des élèves envers elle !

Franchement, pourquoi supplier sa classe de se taire ? On croirait un sujet demandant à son seigneur sa miséricorde. Mais le hic, c’est qu’en vérité, le seigneur, c’est elle. Elle ne peut pas demander à sa classe d’être gentille et d’arrêter de l’embêter, parce que ladite classe ne le fait pas par choix, par choix de parler, mais par… conséquence. Elle fait le cirque parce que leur professeur ne se comporte pas comme elle le devrait.

C’est à cette professeur de se remettre en question, car les solutions sont toutes en elles…

Posté dans Dossiers pédagogiques le 30 janvier 2010. Aucun commentaire.
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Gribouiller nuit-il à la concentration ?

C’est sur cette question hautement existentielle que ce billet va porter. Et c’est en fait à partir d’une anecdote sur le site viedemerde.fr sur laquelle j’étais tombé que l’idée m’est venue. Anecdote de la vie quotidienne d’un professeur que voici :

Aujourd’hui, c’est la réunion parents-profs. Je signale à un couple que l’habitude qu’a leur fille de dessiner pendant les cours est très agaçante. Cinq minutes plus tard, la femme du couple que j’ai en face de moi commence à gribouiller. VDM

Ma réponse à cette question va être simple : oui, dans la majeur partie des cas.

Oui, dessiner en classe aide très souvent l’élève à se concentrer sur les paroles du professeur. Et à part un langage abstrait difficilement compréhensible, entendre et écouter ne demande aucun effort à l’élève. Cela se fait automatiquement, malgré lui. Il ne peux pas se boucher les oreilles, donc il est bien forcé d’écouter… Parce que croyez-vous si qu’un élève ne fixe plus bêtement son professeur, il ne l’entende plus ? Que parce qu’il semble absorbé par une activité manuelle (dessiner), il ne puisse plus écouter ? Pas du tout.

Dessiner ne demande que très peu de concentration. On peut dessiner n’importe où, n’importe quand. Autrement dit, quand l’élève a les yeux rivés sur sa feuille de dessin, oui ses yeux sont absorbés par ce qu’il fait, mais non il peut continuer à écouter son professeur. Et même il ne l’écoute que mieux. Je suis bien placé pour le savoir car je suis un dessinateur né. De tout temps lors de ma scolarité, j’ai dessiné. Et le dessin n’a jamais été un handicap. Parce que soit je comprenais le cours, et alors dessiner me permettait de passer le temps, soit je ne comprenais pas le cours, et alors dessiner me permettait de… passer le temps.

Je ne peux m’empêcher de vous livrer ce très court passage joliment écrit du livre La saveur du monde, de David le Breton, nous expliquant ce qu’est l’écoute, et qui est un petit peu lié au sujet de ce billet :

L’écoute participe sans équivoque à la jouissance du monde. Le son est la matière même du langage, la voix est un accompagnement inlassable de l’existence, elle est le bourdonnement dans la surabondance assure de l’insertion plénière au sein de la trame sociale. L’ouïe est un sens éminemment social.

Pour revenir à l’anecdote de ce professeur, celle-ci fut suivi de très nombreux commentaires, dont je relèverai quelques uns en vrac, histoire d’enrichir ce billet et d’apporter de l’eau au moulin :dessin-crayon

Ah ah ah… manie que j’ai aussi toujours eu, mes profs n’ont jamais réussi à me faire arrêter et là, même en Master je continue encore… alors un conseil: tu n’as qu’à l’ignorer et la laisser dessiner dans son coin, ce n’est pas pour cela qu’elle n’écoute pas.

feeling-of-glory

Tu sais que tu ne pourra jamais empêcher quelqu’un de gribouiller, et contrairement à ce que l’on pense, une étude à été faite comme quoi dessiner en cours augmenterais la capacité de mémorisation. ;)
Un groupe de gens qui ne gribouillait pas on été pris et un autres qui gribouillais, on s’est aperçus que ça augmentait de 5% le taux de mémorisation.
So, adapte-toi et laisse faire, ca te gène pas si l’élève t’écoute en dessinant quand même…Tant qu’il t’écoute.

Source sûre. (Centre d’information de mon lycée) Document officiel sur la science en général

Astral

TLBM! Encore un prof qui n’a rien compris! Qu’est ce que ça peut bien te faire qu’elle dessine? Elle ne discute pas, elle ne fait pas de bruit, et en prime, même si tu ne t’en rends pas compte, elle écoute! Tous les élèves ne vont pas au même rythme alors laisse la dessiner ou faire autre chose, même si tu ne comprends pas comment, ça lui permet de mieux écouter! Je fais ça depuis la maternelle, et en primaire les instits ont abandonnés de m’interroger « par surprise » et ont fini par comprendre que j’écoutais.
En version simplifiée: soit elle fait autre chose et elle t’écoute, soit elle ne fait rien d’autre et alors elle s’endort ou elle part dans ses pensées parce qu’elle ne sera pas assez stimulée.

Miny

Je gribouille, c’est con mais chez moi ça fait rentrer l’info … bon maintenant si la personne fait une BD en classe là je pense que c’est autre chose (juste une artiste qu’il faut encourager, mais canaliser pour les cours !).

J’ai pu constater au fil de mes réunions que près de la 1/2 des personnes gribouillent. Presque toutes en général suivent bien la conversation.

ylandot

Pour lire d’autres commentaires, c’est par ici :
http://www.viedemerde.fr/travail/1117462

Posté dans Dossiers pédagogiques le 28 décembre 2009. Aucun commentaire.