Le nouveau ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, a été interviewé ce matin sur la radio France Inter. Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette interview ci-dessous. Bon, évidemment, c’est pas un truc humoristique. C’est de la politique. Tout le monde ne trouvera pas ça palpitant, surtout que cela dure pas moins de 12 minutes :

Voici mes commentaires sur certains de ses propos :

(en rapport au fait que certains professeurs des écoles refusent d’appliquer les réformes:) L. Chatel : L’éducation nationale, c’est pas un self-service, c’est pas à la carte. Donc il y a des programmes nationaux qui sont conçus dans l’intérêt général des enfants.

Voilà qui a le mérite d’être clair, non ? L’enseignant n’a pas à choisir ce qu’il va enseigner à ses élèves, tout comme les élèves n’ont pas à choisir les cours auxquels ils vont assister.
Cela me rappel d’ailleurs une anecdote personnelle, où j’avais décidé un jeudi matin d’école, au lieu d’aller en cours d’anglais, de rester en permanence pour faire un devoir maison de français (qu’il fallait rendre dans la journée, évidemment). Mais un surveillant m’avait repéré et m’avait emmené dans le bureau du proviseur où j’avais passé un sale quart d’heure, à me faire remonter les bretelles selon l’argument que je n’ai pas à choisir de ne pas aller en cours… Malgré le fait d’avoir assuré que cette heure d’anglais n’a été une perte pour personne, il n’avait rien voulu entendre. Après tout, chacun son boulot. Il faut être assidu, disait-il.

L. Chatel : Nous voulons revaloriser la fonction d’enseignant et nous voulons mieux former les enseignants, aligner le nombre d’années de formation sur ce qui se fait un petit peu partout ailleurs en Europe.

enseignant

C’est à dire que pour devenir professeur, au lieu d’un bac+3 qui jusqu’ici était suffisant, la réforme du gouvernement demandera un bac+5. Moi, je le dit très clairement : je trouve cette réforme débile. La seule logique de ce bac+5, c’est de donner une légitimité à l’élévation du salaire des enseignants. C’est à peu près tout. Cela ne les rendra pas plus compétent d’un iota envers les élèves.

Parce ce que, à votre avis, qu’est-ce qu’attend un élève de primaire, de collège ou de lycée comme type d’enseignant ?
Est-ce qu’il veut une grosse-tête d’érudit, sachant parfaitement dresser des fonctions linéaires complexes sur un plan en 15 dimensions ? (on doit sûrement probablement faire ça en Master 2 de Maths) Évidemment, l’élève s’en contre-fiche royalement. Le prof aurait bien pu faire 15 ans d’études dans son domaine et se retrouver comme un vieux flan à la ramasse devant une classe toute banale de 28 élèves un peu agités, et qui franchement, n’en ont pas grand chose à faire de son expertise.

Je n’encourage pas pour autant à ne rien à faire, à garder ce système actuel de sélection des enseignants. Il est tout simplement calamiteux. Seulement, cela semble être une habitude de la politique de l’éducation, depuis ces dernières années (et celles d’autrefois, probablement) : elle ne semble pas capable de repérer les véritables causes des problèmes de l’école.

Le système actuel de recrutement des futurs professeurs favorise les « petits intellos ». Et les petits intellos, devinez quoi : se sont ceux qui dans leur enfance-scolaire étaient aux premières places à écouter sagement leur professeur, sans se soucier du reste de la classe. Mais ces petits intellos, une fois profs, sont ceux qui vont le plus souffrir, parce que ce sont les moins préparés. Ils sont à mille lieux de savoir comment dompter une classe ou la captiver, puisque eux mêmes ne furent pas confrontés à ce type de problème !
Quelle jolie catastrophe…

Comme je le disais dans un ancien billet, Xavier Darcos, alors ministre de l’Éducation Nationale, a été remplacé par Luc Chatel. Attardons-nous donc un peu sur ce nouveau personnage. Qui est-il ?

De manière concise, on peut dire que Luc Chatel est un homme politique français de 45 ans. Il a fait Sorbonne. A été directeur des ressources humaines de L’Oréal. En parallèle, il fut engagé politiquement au sein des partis libéraux et républicains. Il occupa des postes de Député, Conseiller régional, municipal et maire (qu’il est encore). Depuis 2002 à 2005, il fut Secrétaire national de l’UMP. A ce jour, il est ministre de l’Education Nationale et porte-parole de l’UMP.

Luc Chatel, ministre de l'Education Nationale

Luc Chatel, ministre de l'Education Nationale

Ce qui me gène dans tout ça, c’est que ce nouveau ministre, d’accord il a une tête bien sympathique, mais il n’y connait à peu près rien au milieu scolaire. Je trouve troublant de placer au sommet de la hiérarchie des personnes qui n’ont qu’une vague idée des problèmes auxquels l’école contemporaine peut-être confrontée.

Parce que j’imagine bien que monsieur Chatel n’est pas allé une salle de classe depuis longtemps pour voir l’ambiance qui peut y régner, la motivation très hypothétique des élèves et des enseignants, ou des cours se faisant dans le brouhaha…

Je ne parle pas d’un petit jeune qui sous l’emprise d’une pulsion poignarda son professeur. Bien que très grave, ce fait reste exceptionnel - sur les à peu près dix millions d’élèves qui vont du lundi au vendredi en cours. Non, moi je parle d’un problème plus profond, tellement ancré dans le quotidien que plus personne n’y prend garde – comme un cancer qu’on fini par oublier.

Ce problème, même l’ancien ministre, Xavier Darcos, pourtant ayant été professeur au début de sa carrière, n’a pas été fichu de le desceller (cela dit, vu les classes qu’il eut à « tenir », il ne risquait pas de voir le malaise qui habite l’Enseignement – en 1981, il enseigne en classe de première supérieure au lycée Michel-Montaigne à Bordeaux de 1982 à 1987, puis est nommé professeur de chaire supérieure en première supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris jusqu’en 1992).

Je me pose souvent cette question : est-ce que les ministres, dont le rôle est somme toute de contenter le peuple dans leur domaine, ont-ils la moindre idée de ce que celui-ci veut ? Peut-être pas… Mais le peuple, lui, sait-il ce qu’il veut ?

Posté dans Actualité sur l'éducation le 29 juin 2009. 1 commentaire.

xavier-darcos-caricatureAlors que les épreuves du Baccalauréat viennent de se clore pour les lycéens dans une joie mitigée, mais des soulagements sincères, Xavier Darcos, alors ministre de l’Education Nationale, vient de prendre ses affaires et de plier bagage. J’espère que vous ne vous faites pas trop de soucis pour lui puisqu’il ne fait que changer de déguisement, pour endosser cette fois celui de ministre du Travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité (ouf).

Après deux ans à l’éducation, quel bilan peut-on dresser pour Xavier Darcos ?

Pendant deux ans à la tête du ministère de l’Education nationale (2007-2009), Xavier Darcos a mené les réformes désirées par l’Elysée, en suscitant un rejet grandissant des syndicats et des milieux enseignants : service minimum, réforme du primaire, de la carte scolaire, soutien, etc. Il reste néanmoins sur un échec : celle de la réforme du lycée, qui a été reportée après trois mois de grève et plusieurs semaines de blocages de lycées. Xavier Darcos quitte en outre l’Education nationale sur une mauvaise note, en annonçant le jour du remaniement ministériel la suppression de 16.000 postes dans l’enseignement l’an prochain, après 11.200 postes en moins en 2008 et 13.500 cette année.
L’expansion.com

Mais un navire ne reste pas longtemps sans capitaine. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, vient de nommer comme successeur Luc Chatel au poste fraîchement libéré pas plus tard que hier, soit mardi 23 juin 2009. Comment s’en sortira-t-il ? Est-ce qu’il poursuivra la suppression des 16 000 postes d’enseignants annoncés par son prédécesseur ? Est-ce qu’il tiendra coûte que coûte la ligne de mire fixé par le Président : réformer le lycée ? Est-ce qu’il finira par craquer et par se pendre ? L’avenir nous le dira…

Posté dans Actualité sur l'éducation le 24 juin 2009. Aucun commentaire.