Ce n’est pas une blague ; les japonais développent depuis déjà plusieurs années des robots prototypes capables de faire cours à des élèves. Et puis, comme vous allez le voir dans la vidéo qui suit, ça fait un peu peur… Ce robot vêtu d’une peau humaine synthétique, d’une voix synthétique, de mouvements synthétiques… a encore du boulot à faire avant de prétendre arriver à le cheville, ne serait-ce, que de nos pires enseignants ici-même !

Cette professeur androïde est munie de capteurs lui permettant de réagir face aux comportements des enfants. Par exemple, lorsqu’il y trop de bruit, elle dit sèchement à voix haute : « Silence ! » On peut aussi imaginer que lorsqu’elle se sent touchée par des mains étrangères (grâce à des capteurs intégrés sous sa peau, simulant nos propres nerfs), elle réagisse par un « Ne me touchez pas ! » (cela dit, ça ne devrait pas marcher trop-trop bien vu la façon dont les enfants la tripote allégrement)

robot-prof

Robot-prof-jap' pour vous servir...

Le robot en lui-même est assez effrayant. Imaginez dans un futur hypothétique : un élève entre dans la salle de cours alors qu’il fait nuit. Il voit le robot-professeur encore assis à son bureau. Elle ne bouge pas. Elle est comme figée. Probablement, elle doit être en veille. Il s’approche d’elle et avance en même temps doucement sa main du visage du robot. Alors qu’il s’apprête avec ses doigts à lui effleurer sa peau de synthèse, celle-ci ouvre subitement les yeux. Elle ouvre en même temps grande sa bouche et par un mouvement éclair lui mord férocement la main. Le gamin essaye alors de retirer la retirer… et n’y parvient qu’après de très longues secondes.  Celle-ci est alors toute ensanglantée. Il se rut vers la porte… mais celle-ci vient de se refermer sur lui. Il tape contre celle-ci de toutes ses forces pour tenter de l’ouvrir. Derrière lui, le professeur-robotique se lève lentement et s’approche de son pas lourd et cadavérique. Elle n’arrête pas de répéter, en réaction aux cris hystériques de l’enfant : « Silence ! Silence ! Silence ! »

Bon.. Sans en arriver jusqu’à un Terminator-bis, on ne peut que douter de ce merveilleux bijou de technologie de sa capacité à livrer aux élèves des cours… – comment dit-on ? – Dynamique… Mais si ce robot semble tant apprécié au Japon, c’est parce qu’il répondrait apparemment à un besoin du gouvernement japonais, car dans les décennies à venir, la population de leur archipel va nettement baisser en raison de leur faible tôt de natalité. Il y aura donc de moins en moins de professeurs et c’est à cela qu’ils veulent remédier.

Posté dans Actualité sur l'éducation le 19 août 2009. Aucun commentaire.
Classe surchargée ?

Classe surchargée ? Problème d'à-côté.

Vous êtes professeur, ou vous savez ce qu’est ce métier, et vous êtes forcé de faire cours dans des classes comprenant un nombre d’élèves que vous jugez anormalement élevé. 35 élèves, peut-être même 40 ? Quoique, 30 élèves cela nous en fait déjà un joli bouquet. Mais, au fond, est-ce si grave que ça, où n’est-ce qu’un prétexte pour… ronchonner ?

Peur-être pensez vous comme la majorité qu’une classe comprenant trop d’élèves rend l’enseignement difficile, que l’ambiance de celle-ci est plus mauvaise, que tenir tout ce petit monde tranquille est un exploit. Bref, pour le prof, ce n’est pas une partie de plaisir ? Eh bien oui, pour un professeur inexpérimenté, fraîchement sorti des usines pédagogico-dodo des IUFM, cela a de quoi être quelque peu traumatisant. Et ce n’est pas avec une masterisation du métier d’enseignant (bac+5 au lieu de +3) que cela changera quoi que se soit.

Mais pour être encore plus précis, un professeur inexpérimenté, c’est à dire ne sachant pas comment on impose le respect en classe et comment on captive ses élèves (la base, quand même, pour prétendre être prof), aura à quelques détails près autant de mal avec une classe de 20 élèves, qu’une classe de 30. Après tout, s’il n’est pas capable de garder en respect 30 élèves, pourquoi réussirait-il avec 20 ? Certes, ils sont moins nombreux, mais ce sont les mêmes ; les mêmes types d’élèves qu’il ne savait pas maîtriser dans la classe plus chargée.

Je vais vous parler d’un professeur d’anglais que j’ai eu : j’étais en Terminale et nous étions un peu moins d’une trentaine dans notre classe. Avec ce professeur d’entre deux âges, le schéma était toujours le même :
« Vous vous taisez, s’il vous plait ? »
Certains élèves lui jetaient un regard interrogateur, avant de replonger dans leur discussion avec leur voisin. Bref, la salle de classe était plongée dans un vrai capharnaüm. Résultat du compte : à la fin de l’année nous n’avions absolument rien appris. Mais le fait que ses cours, lorsqu’il réussissait à les faire, se révélaient d’un ennui sans fond y était aussi pour beaucoup.
Avec ce professeur, il arrivait pas si rarement que cela que la moitié de la classe décidait de ne pas assister à ses cours, pour raison X ou Y. Nous nous retrouvions donc au bas mot une bonne quinzaine en classe, soit à priori un chiffre idéal pour travailler. Sauf qu’au final, c’était toujours la même chose :
« Vous vous taisez, s’il vous plait ? »
…Et personne n’écoutait. Eh oui, pourquoi changer de méthode ? Encore que, quand les élèves étaient d’humeur lasse, ce professeur d’anglais pouvait enfin faire son petit cours. Le problème est qu’il était aussi soporifique qu’en classe entière…

classe-vide-surcharge

Minute-1 avant la déferlante d'élèves.

Des exemples comme tel, je pourrais vous en citer des tonnes.

Mais pour ne pas être de mauvaise foi, il est vrai qu’en demi-groupe, il est plus facile, et surtout moins intimidant, de faire cours pour un enseignant. Bien sûr qu’il est plus agréable de faire cours avec des classes pas trop chargées, mais je ne pense pas pour autant que « trente élèves » ou plus soit un défi insurmontable. Ne croyez pas que des professeurs sachant faire cours dans le calme, alors qu’ils sont face à plus de 30 élèves, ça n’existe pas. La preuve est que j’en est eu – et je peux vous dire que je suis loin d’avoir fréquenté des classes-modèles.

A mon avis, s’il n’y avait qu’un seul investissement à faire du côté de l’éducation nationale, se serait sans conteste d’offrir aux professeurs une véritable formation, pour faire d’eux des bêtes de classe ; des enseignants capables d’imposer un silence total face des dizaines d’élèves, et d’éveiller en eux le plaisir d’apprendre. Est-ce utopique ? Pas si sûr… Surveillez ce blog et vous aurez votre réponse.

86% : taux de réussite au bac de 2009

86% : taux de réussite au bac de 2009

Le taux de réussite au baccalauréat atteint cette année un nouveau chiffre record :  86%. C’est assez troublant comme résultat, ne trouvez-vous pas, pour une diplôme universitaire et aussi réputé ? En d’autres termes, sur une classe normale de 30 élèves, se serait 26 élèves qui auraient le fameux diplôme, et seulement 4 refusés. Dans un précédent article, je soulignais que dans le passé, il n’en avait pas toujours été ainsi. Pour cause, il y a tout juste 15 ans, le taux de réussite était d’un peu plus de 60% en France.

Mais que se passe-t-il en coulisse ? Eh bien, par exemple, pour prendre l’étape du moment des délibérations, là où le jury a une vue sur l’ensemble des notes d’un élève; et s’il constate qu’il lui manque 10 points pour avoir la moyenne, quelqu’un dit de manière tout à fait naturelle « on n’a qu’à lui rajouter deux points là » et un autre « un point ici », et pouf, le candidat a le bac. « Il y a un côté marchand de tapis assez absurde et dévalorisant pour les élèves comme pour les correcteurs. Le symbole du bac en prend pour son grade », déplore un jeune professeur de philosophie.

Sauf que si le bac n’est plus une étape véritable, quelque chose de ardu pour lequel on doit se battre, alors la difficulté n’est pas effacée pour autant. Elle est juste transférée plus loin ; aux premières années universitaires, notamment. Un peu comme un escadron de soldats qui, au lieu de vous attendre sur la place du village, se retranchent dans l’église où, ne vous y attendant pas, vous êtes pris par surprise et alors bien vulnérable !
Je n’ai pas de chiffres en main, mais les échos me disent en effet que la première année à la fac est une vraie boucherie. Le nombre d’étudiants ne réussissant pas à suivre la cadence est assez important. J’ai en tête une anecdote que m’avait raconté un ami où un autre ami à lui, alors en première année de fac de médecine, avait du mal à suivre dans les cours en amphithéâtre car trop d’étudiants venaient juste pour y foutre le souk.

Sources : Libération.fr – Taux de réussite record au bac : bonne nouvelle ?

Le nouveau ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, a été interviewé ce matin sur la radio France Inter. Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette interview ci-dessous. Bon, évidemment, c’est pas un truc humoristique. C’est de la politique. Tout le monde ne trouvera pas ça palpitant, surtout que cela dure pas moins de 12 minutes :

Voici mes commentaires sur certains de ses propos :

(en rapport au fait que certains professeurs des écoles refusent d’appliquer les réformes:) L. Chatel : L’éducation nationale, c’est pas un self-service, c’est pas à la carte. Donc il y a des programmes nationaux qui sont conçus dans l’intérêt général des enfants.

Voilà qui a le mérite d’être clair, non ? L’enseignant n’a pas à choisir ce qu’il va enseigner à ses élèves, tout comme les élèves n’ont pas à choisir les cours auxquels ils vont assister.
Cela me rappel d’ailleurs une anecdote personnelle, où j’avais décidé un jeudi matin d’école, au lieu d’aller en cours d’anglais, de rester en permanence pour faire un devoir maison de français (qu’il fallait rendre dans la journée, évidemment). Mais un surveillant m’avait repéré et m’avait emmené dans le bureau du proviseur où j’avais passé un sale quart d’heure, à me faire remonter les bretelles selon l’argument que je n’ai pas à choisir de ne pas aller en cours… Malgré le fait d’avoir assuré que cette heure d’anglais n’a été une perte pour personne, il n’avait rien voulu entendre. Après tout, chacun son boulot. Il faut être assidu, disait-il.

L. Chatel : Nous voulons revaloriser la fonction d’enseignant et nous voulons mieux former les enseignants, aligner le nombre d’années de formation sur ce qui se fait un petit peu partout ailleurs en Europe.

enseignant

C’est à dire que pour devenir professeur, au lieu d’un bac+3 qui jusqu’ici était suffisant, la réforme du gouvernement demandera un bac+5. Moi, je le dit très clairement : je trouve cette réforme débile. La seule logique de ce bac+5, c’est de donner une légitimité à l’élévation du salaire des enseignants. C’est à peu près tout. Cela ne les rendra pas plus compétent d’un iota envers les élèves.

Parce ce que, à votre avis, qu’est-ce qu’attend un élève de primaire, de collège ou de lycée comme type d’enseignant ?
Est-ce qu’il veut une grosse-tête d’érudit, sachant parfaitement dresser des fonctions linéaires complexes sur un plan en 15 dimensions ? (on doit sûrement probablement faire ça en Master 2 de Maths) Évidemment, l’élève s’en contre-fiche royalement. Le prof aurait bien pu faire 15 ans d’études dans son domaine et se retrouver comme un vieux flan à la ramasse devant une classe toute banale de 28 élèves un peu agités, et qui franchement, n’en ont pas grand chose à faire de son expertise.

Je n’encourage pas pour autant à ne rien à faire, à garder ce système actuel de sélection des enseignants. Il est tout simplement calamiteux. Seulement, cela semble être une habitude de la politique de l’éducation, depuis ces dernières années (et celles d’autrefois, probablement) : elle ne semble pas capable de repérer les véritables causes des problèmes de l’école.

Le système actuel de recrutement des futurs professeurs favorise les « petits intellos ». Et les petits intellos, devinez quoi : se sont ceux qui dans leur enfance-scolaire étaient aux premières places à écouter sagement leur professeur, sans se soucier du reste de la classe. Mais ces petits intellos, une fois profs, sont ceux qui vont le plus souffrir, parce que ce sont les moins préparés. Ils sont à mille lieux de savoir comment dompter une classe ou la captiver, puisque eux mêmes ne furent pas confrontés à ce type de problème !
Quelle jolie catastrophe…

Comme je le disais dans un ancien billet, Xavier Darcos, alors ministre de l’Éducation Nationale, a été remplacé par Luc Chatel. Attardons-nous donc un peu sur ce nouveau personnage. Qui est-il ?

De manière concise, on peut dire que Luc Chatel est un homme politique français de 45 ans. Il a fait Sorbonne. A été directeur des ressources humaines de L’Oréal. En parallèle, il fut engagé politiquement au sein des partis libéraux et républicains. Il occupa des postes de Député, Conseiller régional, municipal et maire (qu’il est encore). Depuis 2002 à 2005, il fut Secrétaire national de l’UMP. A ce jour, il est ministre de l’Education Nationale et porte-parole de l’UMP.

Luc Chatel, ministre de l'Education Nationale

Luc Chatel, ministre de l'Education Nationale

Ce qui me gène dans tout ça, c’est que ce nouveau ministre, d’accord il a une tête bien sympathique, mais il n’y connait à peu près rien au milieu scolaire. Je trouve troublant de placer au sommet de la hiérarchie des personnes qui n’ont qu’une vague idée des problèmes auxquels l’école contemporaine peut-être confrontée.

Parce que j’imagine bien que monsieur Chatel n’est pas allé une salle de classe depuis longtemps pour voir l’ambiance qui peut y régner, la motivation très hypothétique des élèves et des enseignants, ou des cours se faisant dans le brouhaha…

Je ne parle pas d’un petit jeune qui sous l’emprise d’une pulsion poignarda son professeur. Bien que très grave, ce fait reste exceptionnel - sur les à peu près dix millions d’élèves qui vont du lundi au vendredi en cours. Non, moi je parle d’un problème plus profond, tellement ancré dans le quotidien que plus personne n’y prend garde – comme un cancer qu’on fini par oublier.

Ce problème, même l’ancien ministre, Xavier Darcos, pourtant ayant été professeur au début de sa carrière, n’a pas été fichu de le desceller (cela dit, vu les classes qu’il eut à « tenir », il ne risquait pas de voir le malaise qui habite l’Enseignement – en 1981, il enseigne en classe de première supérieure au lycée Michel-Montaigne à Bordeaux de 1982 à 1987, puis est nommé professeur de chaire supérieure en première supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris jusqu’en 1992).

Je me pose souvent cette question : est-ce que les ministres, dont le rôle est somme toute de contenter le peuple dans leur domaine, ont-ils la moindre idée de ce que celui-ci veut ? Peut-être pas… Mais le peuple, lui, sait-il ce qu’il veut ?

Posté dans Actualité sur l'éducation le 29 juin 2009. 1 commentaire.