eleve-bavardage-silenceAujourd’hui, je vais vous exposer un cas d’école que j’ai eu « l’opportunité » d’expérimenter moi-même. C’était une professeur de français que j’ai eue en Première, et ce fut catastrophique. Elle semblait encore toute fraîchement sortie des fours d’un IUFM, au vu de sa manière si caractéristique de construire son cours, et de sa méthode pour faire cours dans le calme : c’est-à-dire aucune.

Merci qui ? Merci les IUFM ! Merci d’aider vos nouvelles recrues sur le merveilleux chemin de l’incompétence (au sens pratique du terme, entendons-nous bien. Autrement dit, savoir faire cours).

Je me permettrais d’interrompre ma narration par intermittence par des commentaires personnels, montrant l’invraisemblable manière d’opérer de cette professeur.

Collée au tableau vert sale, la professeur de Français écrit de son trait rapide et stylisé : registre didactique. Puis elle se retourne vers ses élèves et lance à voix haute, pour essayer de s’élever par dessus le vacarme :

« Tout le monde sait ce que veut dire didactique ? »

Son regard balaye rapidement la classe, à la recherche d’une quelconque réaction négative à sa question. Elle remarque certains hochements de têtes, quelques « oui » très scolaires, mais aucun non. Pourtant, elle n’est pas dupe et sait que, au bas mot, la moitié des élèves n’ont jamais entendu ce mot de leur vie. D’un autre côté, on peut aussi dire que la moitié des élèves n’ont absolument pas écouté ce qu’elle a dit.

Première erreur de sa part : elle tente de continuer son cours en dépit du fait que probablement la majeure partie des élèves ne sont pas en état de l’écouter. D’ailleurs, ils ne l’écoutent même pas. A quoi bon parler ? Elle use de sa salive pour rien. En outre, elle monte le volume pour qu’on puisse l’entendre, au lieu de « tout simplement » faire le silence ; elle préfère parler plus fort pour ne pas leur demander à, eux, de parler moins fort. Logique. Elle n’a pas confiance en ses capacités.

Même les quelques un qui semblent l’écouter ne le font certainement pas dans la joie, quand ils savent que tous les autres n’en ont rien à faire et ne se gênent pas pour parler plus fort qu’elle.

Elle repère un élève tout particulièrement bavard, parmi tant d’autres, et l’interroge dans l’espoir qu’il comprenne tous les bienfaits de participer au cours, au lieu de l’ignorer.

« Tom, lui lance-t-elle, alors qu’il a le dos tourné, parlant ouvertement avec une fille de la table de derrière lui. Tom !
– Oui, madame ? répond-il en se tournant vers elle, un large sourire accroché aux lèvres.
– Puisque tu n’arrêtes pas de parler, j’imagine que tu sais ce qu’est un registre didactique ?
– Euh… didactique, c’est quand… (il réfléchit 2 secondes) c’est quand on dicte ! C’est un registre qui dicte des choses, c’est ça ?

Avec ce bruit de fond – qui n’en est d’ailleurs même plus un, ayant pris d’assaut le front de classe – la professeur doit lutter en permanence, premièrement pour se faire entendre de ses élèves, et deuxièmement pour que, elle, soit capable d’entendre ce qu’ils lui disent.

« Mmmh… oui, mais pour être plus précis, il faut que tu dises : c’est quand on délivre un enseignement. D’accord, Tom ? »

Subir sa classe ? Martyr.

Subir sa classe ? Martyr.

Deuxième erreur pour cette professeur de Français. Elle interroge un élève, alors qu’il n’y a pas le silence. A qui son échange avec lui pourra-t-il bénéficier à la classe si personne n’est en mesure de l’écouter ? De plus, elle n’interroge pas n’importe lequel d’entre eux : c’est l’un des pires. En agissant ainsi, elle fait comprendre à l’élève que son bavardage ne sera pas sanctionné. N’ayant pas été corrigé par la seule ayant la légitimité de le faire, c’est donc tout bénef pour lui, qui se sent ainsi quasiment autorisé à parler indéfiniment.

Elle se retourne vers le tableau pour le mettre à jour. En même temps qu’elle fixe son attention sur les lettres aux courbes soigneuses se dessinant sous ses doigts, elle réalise combien elle est épuisée d’avoir eu toute la journée des classes comme celle-ci. Elle se sent littéralement ivre de tout ce bruit.

« S’il vous plait ! Vous pouvez vous taire ?! Je suis fatiguée de vous entendre parler, là »
, lâche-t-elle en se retournant brusquement, d’un air dépité.

Certains élèves, par pitié de son sort, prennent la résolution de cesser leurs bavardages. Mais après quelques minutes, voyant que si peu des leurs semblent s’en soucier, ils se voient malgré eux reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Et ainsi, le vacarme continue…

Troisième erreur : elle s’auto-rabaisse face à ses élèves. Comme les martyrs, cette professeur subit sa classe. Au lieu que se soit les élèves qui se plaignent habituellement de l’attitude trop dure du professeur envers eux , là, c’est la professeur qui se plaint du l’attitude trop dure des élèves envers elle !

Franchement, pourquoi supplier sa classe de se taire ? On croirait un sujet demandant à son seigneur sa miséricorde. Mais le hic, c’est qu’en vérité, le seigneur, c’est elle. Elle ne peut pas demander à sa classe d’être gentille et d’arrêter de l’embêter, parce que ladite classe ne le fait pas par choix, par choix de parler, mais par… conséquence. Elle fait le cirque parce que leur professeur ne se comporte pas comme elle le devrait.

C’est à cette professeur de se remettre en question, car les solutions sont toutes en elles…

Posté dans Dossiers pédagogiques le 30 janvier 2010. Aucun commentaire.

Excellent sketch d’Albert Dupontel, dans la peau d’un professeur pas très satisfait des résultats au contrôle de ses élèves. Il s’applique donc à faire une correction très « visuelle » de ce qu’est la reproduction…

Posté dans Vidéos drôles sur l'école le 24 janvier 2010. Aucun commentaire.
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Gribouiller nuit-il à la concentration ?

C’est sur cette question hautement existentielle que ce billet va porter. Et c’est en fait à partir d’une anecdote sur le site viedemerde.fr sur laquelle j’étais tombé que l’idée m’est venue. Anecdote de la vie quotidienne d’un professeur que voici :

Aujourd’hui, c’est la réunion parents-profs. Je signale à un couple que l’habitude qu’a leur fille de dessiner pendant les cours est très agaçante. Cinq minutes plus tard, la femme du couple que j’ai en face de moi commence à gribouiller. VDM

Ma réponse à cette question va être simple : oui, dans la majeur partie des cas.

Oui, dessiner en classe aide très souvent l’élève à se concentrer sur les paroles du professeur. Et à part un langage abstrait difficilement compréhensible, entendre et écouter ne demande aucun effort à l’élève. Cela se fait automatiquement, malgré lui. Il ne peux pas se boucher les oreilles, donc il est bien forcé d’écouter… Parce que croyez-vous si qu’un élève ne fixe plus bêtement son professeur, il ne l’entende plus ? Que parce qu’il semble absorbé par une activité manuelle (dessiner), il ne puisse plus écouter ? Pas du tout.

Dessiner ne demande que très peu de concentration. On peut dessiner n’importe où, n’importe quand. Autrement dit, quand l’élève a les yeux rivés sur sa feuille de dessin, oui ses yeux sont absorbés par ce qu’il fait, mais non il peut continuer à écouter son professeur. Et même il ne l’écoute que mieux. Je suis bien placé pour le savoir car je suis un dessinateur né. De tout temps lors de ma scolarité, j’ai dessiné. Et le dessin n’a jamais été un handicap. Parce que soit je comprenais le cours, et alors dessiner me permettait de passer le temps, soit je ne comprenais pas le cours, et alors dessiner me permettait de… passer le temps.

Je ne peux m’empêcher de vous livrer ce très court passage joliment écrit du livre La saveur du monde, de David le Breton, nous expliquant ce qu’est l’écoute, et qui est un petit peu lié au sujet de ce billet :

L’écoute participe sans équivoque à la jouissance du monde. Le son est la matière même du langage, la voix est un accompagnement inlassable de l’existence, elle est le bourdonnement dans la surabondance assure de l’insertion plénière au sein de la trame sociale. L’ouïe est un sens éminemment social.

Pour revenir à l’anecdote de ce professeur, celle-ci fut suivi de très nombreux commentaires, dont je relèverai quelques uns en vrac, histoire d’enrichir ce billet et d’apporter de l’eau au moulin :dessin-crayon

Ah ah ah… manie que j’ai aussi toujours eu, mes profs n’ont jamais réussi à me faire arrêter et là, même en Master je continue encore… alors un conseil: tu n’as qu’à l’ignorer et la laisser dessiner dans son coin, ce n’est pas pour cela qu’elle n’écoute pas.

feeling-of-glory

Tu sais que tu ne pourra jamais empêcher quelqu’un de gribouiller, et contrairement à ce que l’on pense, une étude à été faite comme quoi dessiner en cours augmenterais la capacité de mémorisation. ;)
Un groupe de gens qui ne gribouillait pas on été pris et un autres qui gribouillais, on s’est aperçus que ça augmentait de 5% le taux de mémorisation.
So, adapte-toi et laisse faire, ca te gène pas si l’élève t’écoute en dessinant quand même…Tant qu’il t’écoute.

Source sûre. (Centre d’information de mon lycée) Document officiel sur la science en général

Astral

TLBM! Encore un prof qui n’a rien compris! Qu’est ce que ça peut bien te faire qu’elle dessine? Elle ne discute pas, elle ne fait pas de bruit, et en prime, même si tu ne t’en rends pas compte, elle écoute! Tous les élèves ne vont pas au même rythme alors laisse la dessiner ou faire autre chose, même si tu ne comprends pas comment, ça lui permet de mieux écouter! Je fais ça depuis la maternelle, et en primaire les instits ont abandonnés de m’interroger « par surprise » et ont fini par comprendre que j’écoutais.
En version simplifiée: soit elle fait autre chose et elle t’écoute, soit elle ne fait rien d’autre et alors elle s’endort ou elle part dans ses pensées parce qu’elle ne sera pas assez stimulée.

Miny

Je gribouille, c’est con mais chez moi ça fait rentrer l’info … bon maintenant si la personne fait une BD en classe là je pense que c’est autre chose (juste une artiste qu’il faut encourager, mais canaliser pour les cours !).

J’ai pu constater au fil de mes réunions que près de la 1/2 des personnes gribouillent. Presque toutes en général suivent bien la conversation.

ylandot

Pour lire d’autres commentaires, c’est par ici :
http://www.viedemerde.fr/travail/1117462

Posté dans Dossiers pédagogiques le 28 décembre 2009. Aucun commentaire.

Les IUFM se mobilisent contre la réforme visant à les supprimer… (lire l’article dans l’Express) Il y a quelque chose de logique là-dedans. Si on vous met le canon d’une arme à feu sur la tempe, forcément, vous allez faire votre possible pour que le coup ne vous fasse pas gicler la cervelle.

iufm-reforme-greve-profGrosso modo, je résume les faits : les IUFM sont des centres qui sont censés former les futurs professeurs à leur métier. Tous doivent passer par là et ne peuvent y réchapper. Mais il se trouve que le nouveau gouvernement institué par Nicolas Sarkozy estime que ces centres ne remplissent pas convenablement leur fonction. Bref, ils ne servent pas franchement à grand chose, en plus d’être un trou financier. Ce dont une grande majorité d’enseignants sont d’accord, vu la qualité de la dite formation, qui ressemble plus à un lavage de cerveau qu’autre chose, selon leur dire.
Le gouvernement lance donc un projet ambitieux : raser purement et simplement les IUFM de la surface, pour les remplacer par… rien. Et c’est là que ça fait peur et qu’on est en droit de s’inquiéter, parce si les IUFM ne forment pas suffisamment les professeurs à leur futur classe est vrai, le fait de les supprimer ne va pas améliorer les choses.

Et puis élever le niveau d’entrée au concours pour devenir professeur monté à Bac+5… c’est une douce plaisanterie. Je crois qu’un niveau d’étude supérieur n’augmente strictement pas d’un seul iota la capacité d’un enseignant à pouvoir diriger ou émouvoir une classe.  Au contraire, il continuera à se faire maltraiter, humilier, et larguer par celle-ci, parce qu’il sera ennuyant à mourir et qu’il n’aura toujours pas la moindre idée de comment on arrive à faire taire un élève. Eh oui, enseigner, c’est un métier qui s’apprend comme le scandent si bien depuis peu les IUFM, pourtant loin d’être experts en la matière.

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J’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre la logique de cette réforme. Quel est son bien fondé ? Parce qu’il doit forcément en avoir un. Je ne pense pas que la vision manichéenne des syndicats étudiants et enseignants reflète vraiment la réalité, du genre : « le gouvernement veut tuer l’école, économiser l’argent pour engraisser les patrons, copains de Sarko comme on le sait tous ! A la lutte, camarades ! »

Cela dit, comme je l’avais gentiment souligné dans un ancien billet (Un IUFM se rebelle, il ne veut pas disparaître !), le fait que les IUFM bougent leur fesse qu’au moment où ils sentent que ça sent le roussi pour elles résume à mon sens leur attitude opportuniste et finalement beaucoup moins altruiste qu’on pourrait le croire (Ne nous tuez pas ! Nous voulons sauver la formation des enseignants !)

Posté dans Actualité sur l'éducation le 7 décembre 2009. Aucun commentaire.
La réforme du lycée

Luc Chatel, ministre de l'Education Nationale.

Nous sommes beaucoup à entendre parler de la fameuse réforme du lycée, mais finalement assez peu à savoir de quoi il s’agit précisément. L’autre jour, en allant tranquillement à mon cours de psychologie à l’université, un étudiant engagé me colla un prospectus à la figure. Et ce prospectus, non seulement je l’ai lu, mais en plus je l’ai gardé. Les premières lignes sont celles-ci : « Contre la casse du Bac et de la LRU : Construisons l’unité des lycéens et des étudiants ! »

Bon… ce qu’ils proposèrent de concret fut d’aller se rassembler dans la rue et de se mettre en mode « manifestant ». Leur petit prospectus n’était pas mauvais. Question orthographe, ils s’en sont bien sortis puisque je n’y ai pas relevé de fautes – ce qui était loin d’être le cas lorsque j’étais encore au lycée et où les avis de manifestation en étaient constellés.

Ce qui est vraiment très étrange est cet espèce de no man’s land qui existe entre le ministère et l’école. L’impression que j’ai est celle de voir un ministère se comportant comme un petit intello qui cache sa copie de contrôle avec ses mains pour pas que son analphabète de voisin ne puisse profiter de son ô combien grand savoir. Il élabore sa petite réforme dans son coin, puis une fois qu’il est satisfait de lui-même, alors il déclare ses intentions à tous :
« Elèves et autres mécréants, soyez heureux car à présent je vous ai trouvé  la solution à vos problèmes existentiels. Je vous ai concocté une fabuleuse réforme dont l’ambition est d’annihiler vos faiblesses pour les transformer en qualités inspirés par mes soins. Je veux votre réussite. Croyez-moi. N’essayez pas de me résister, de protester, ou de lutter. Soumettez-vous à mon immensité. Amen. ».

Que le gouvernement émette des idées de changement pour l’école, je suis totalement pour, parce qu’il est clair que vu l’état dans lequel elle est embourbé, ça serait la moindre des choses de lui prêter main forte. Par contre, ce que je trouve très arrogant de sa part est d’avoir la prétention de détenir LA vérité. Bref, son idée de réforme, ça n’est plus une idée, c’est un PLAN qu’il suivra COÛTE QUE COÛTE, et ceci est dépit des vents et marées (traduire: protestations et désaccords). Il semble intimement convaincu d’avoir raison, que sa réforme est la bonne, si bien qu’il a l’air de refuser tout dialogue – sinon pourquoi y aurait-il des manifestations ?
C’est à partir de là que ça devient dangereux car si le ministère joue au vieux singe aveugle et sourd, que les étudiants sont obligés d’aller brailler dans la rue pour arriver à se faire entendre, alors nous sommes en présence de fanatisme. On peut aussi dire que la démocratie se prend une belle claque dans la tronche et un joli coup de soulier dans les reins.

Présentation de la réforme du lycée par Luc Chatel:

Définition de Fanatique : le terme fanatique désigne celui qui au nom d’une foi est capable de faire n’importe quoi pour la faire triompher.

Posté dans Actualité sur l'éducation le 25 novembre 2009. Aucun commentaire.